Les salons Solutions Ressources Humaines et Innovative Learning 2026 ont réuni 7 279 professionnels dans un contexte économique tendu. Pour Florence de Courtenay, Directrice générale des deux événements et organisatrice des Trophées du Digital Learning, cette édition confirme une bascule : les visiteurs veulent moins de promesses, plus de preuves, moins de démonstrations catalogues, plus de conversations utiles.
Avec le recul, que retenez-vous d’abord de cette édition 2026 ?
Florence de Courtenay : Je retiens avant tout la qualité et la densité des échanges. La fréquentation a été en retrait par rapport à l’année précédente, c’est une réalité, mais 7 279 professionnels ont fait le choix de se déplacer dans un environnement économique sous tension. Ce que nous avons observé sur le terrain, et ce que plusieurs exposants nous ont confirmé, c’est une audience plus ciblée, plus engagée, plus décisionnaire. Les visiteurs n’étaient pas là pour faire un tour. Ils venaient avec de vraies questions, des besoins précis, des projets parfois très avancés. Sur les stands comme à l’issue des conférences, certaines conversations ont duré vingt ou trente minutes. Pour nous, c’est un indicateur fort.
Le contexte économique a-t-il changé la nature des attentes ?
Florence de Courtenay : Oui, très clairement. Tout ce qui n’est pas perçu comme vital, obligatoire ou directement utile à l’entreprise peut être reporté. On le voit dans beaucoup de secteurs. Les visiteurs cherchent donc des solutions immédiatement applicables, simples, opérationnelles. Ils ne viennent plus chercher l’effet “waouh” ou la promesse technologique. Ils veulent comprendre ce qui fonctionne vraiment, avec quelles ressources, dans quelles conditions, avec quels résultats. C’est une demande beaucoup plus adulte, beaucoup plus pragmatique.
Quelles thématiques ont suscité le plus d’engagement ?
Florence de Courtenay : Sans surprise, tout ce qui touche à l’intelligence artificielle et à ses usages concrets a fait salle comble. Mais l’IA n’a pas tout absorbé. Les sujets réglementaires, la transparence salariale, les entretiens de parcours professionnel, la confiance, l’impact des politiques RH ou la formation en situation réelle ont également fortement mobilisé. Les visiteurs veulent du décryptage, pas du discours. Ils veulent aussi des formats plus courts, plus participatifs, plus directement exploitables. Les conférences gardent leur rôle d’inspiration, mais les ateliers, master class et sessions de décryptage permettent de redescendre dans le concret.
Les visiteurs sont-ils plus exigeants vis-à-vis des contenus ?
Florence de Courtenay : Oui. Il y a une vraie lassitude face aux promesses trop générales, aux slides marketing interchangeables, aux discours qui se ressemblent. Les visiteurs veulent du retour d’expérience, y compris avec les difficultés rencontrées. On apprend autant d’un projet qui a buté sur des obstacles que d’un succès parfaitement raconté. C’est aussi pour cela que la catégorie “ingénierie frugale” des Trophées du Digital Learning a du sens : comment faire utile, solide, efficace, avec des moyens parfois contraints ? C’est une question très actuelle.
Observez-vous aussi une évolution du côté des exposants ?
Florence de Courtenay : Oui, et elle est très positive. Les meilleurs exposants ne sont plus seulement dans la démonstration produit en mode catalogue. Ils mettent davantage en scène des cas clients, des usages, des témoignages, des mini-conférences sur leur stand. Leur posture devient plus consultative, moins frontale. C’est logique : les solutions RH et formation ne fonctionnent plus isolément. L’interopérabilité, les partenariats, l’intégration dans les systèmes existants sont devenus essentiels. Un salon sert aussi à cela : faire dialoguer les acteurs, créer des passerelles, permettre à des offres complémentaires de se rencontrer.
L’intelligence artificielle renforce-t-elle ce besoin d’accompagnement ?
Florence de Courtenay : Bien sûr. L’IA accélère tout, mais elle rend aussi les choix plus complexes. Les entreprises ont besoin de comprendre les usages, les limites, les précautions, les impacts humains et organisationnels. Certains cabinets ou prestataires jouent déjà ce rôle de chef d’orchestre. Ce n’est pas un mal. Une entreprise n’a pas toujours toutes les compétences en interne pour orchestrer sa transformation. Reconnaître cela, c’est déjà avancer.
Quelle est la singularité de vos salons dans ce paysage très dense ?
Florence de Courtenay : Notre singularité tient à la communauté que nous avons construite dans le temps. Nos visiteurs et nos exposants fidèles reviennent parce qu’ils savent qu’ils vont retrouver leurs pairs, des contenus sélectionnés avec exigence et une atmosphère qui favorise les vraies conversations. Nous ne cherchons pas à être le salon le plus grand. Nous cherchons à être le plus utile. Cela vaut pour les visiteurs, que nous aidons à construire leur parcours, et pour les exposants, que nous accompagnons bien au-delà de la signature du contrat.
Cet accompagnement des exposants devient-il un facteur clé ?
Florence de Courtenay : Oui. Une fois le contrat signé, la relation commence vraiment. Il faut aider les exposants à préparer leur présence, à formuler leur message, à utiliser les services disponibles, à comprendre les rendez-vous business, à dynamiser leur stand. Les équipes marketing changent, les pratiques évoluent, certains exposants ont besoin d’être guidés. Notre rôle est aussi de les aider à réussir leur salon, pas seulement de leur vendre un espace.
Comment les retours des visiteurs et des exposants influencent-ils déjà 2027 ?
Florence de Courtenay : Ils nous influencent en permanence. Nous allons continuer à équilibrer inspiration et opérationnel, conférences et ateliers, prospective et retours d’expérience. Nous devons aussi personnaliser davantage le parcours visiteur, mieux qualifier les besoins, renforcer la continuité avant et après l’événement. Le salon doit rester un temps fort, mais il peut aussi s’inscrire dans une communauté qui vit toute l’année.
Quelle conviction emportez-vous pour la prochaine édition ?
Florence de Courtenay : Une conviction simple : ce n’est pas en faisant plus grand que nous créerons plus de valeur. C’est en faisant mieux, plus ciblé, plus utile. Les directions RH et formation ne doivent pas subir la transformation digitale. Elles doivent l’orchestrer. Ceux qui s’en sortent le mieux ne sont pas forcément ceux qui ont les meilleurs outils, mais ceux qui développent une vraie culture d’appropriation, d’apprentissage collectif et de remise en question. C’est cela que nos salons doivent continuer à accompagner.
Par la rédaction de L’Essentiel RH-Learning.
