À l’occasion des Trophées du Digital Learning 2026, Florence de Courtenay, Directrice générale du salon Innovative Learning et organisatrice de l’événement, décrypte un basculement profond : l’IA s’impose, l’immersion se structure, le terrain tranche. La formation ne promet plus, elle produit des résultats.
Quel regard portez-vous sur cette édition 2026 ?
Florence de Courtenay : 80 projets candidats. 24 finalistes. 10 récompensés. Le premier constat : un niveau homogène, des approches qui convergent. Les dispositifs ne cherchent plus à convaincre. Ils répondent déjà à des enjeux opérationnels. La valeur est intégrée dès la conception. La formation s’inscrit dans des situations à résoudre. Cette évolution pousse à repenser formats, outils, déploiements. Elle redéfinit le rôle des équipes formation, attendues sur leur capacité à produire de l’impact immédiat. Les dispositifs ne sont plus des « offres », mais des réponses à un problème. La logique catalogue recule. La logique d’usage s’impose. Ce n’est pas un ajustement. C’est une reconfiguration.
Que révèle le palmarès 2026 ?
Florence de Courtenay : Les lauréats couvrent toute la chaîne de valeur du Digital Learning. OVHCloud se distingue en création de contenus avec une “AI Content Factory”. Fondation Apprentis d’Auteuil confirme une hybridation métier solide avec le CAP RICS. CANAL+ ancre la formation dans l’action avec un micro coaching opérationnel. Renault Group démontre la puissance d’une ingénierie frugale alignée sur le terrain. Monoprix réussit un déploiement fondé sur l’appropriation réelle. INERIS mobilise l’immersion comme outil de sécurisation en contexte critique. Bouygues Telecom relie formation et transformation RSE avec un ancrage concret. L’Université de Brest structure une approche pédagogique à l’échelle. Deux trophées Coup de Cœur complètent l’ensemble : Grenoble École de Management et le CNFPT.
Autour de ces lauréats, les autres finalistes dessinent un paysage dense et structuré : BIOMERIEUX, ENGIE, France Travail, Orange, Decathlon, ED FOR GOOD, IGDPE, Virbac, Ambition Graphique LaLigneContinue, Fédération Française de Football, LIFT/Fédération Française de Tennis, TotalEnergies Learning Solutions, IAE Paris-Est et Skema Business School. L’innovation n’est plus isolée. Elle est systémique.
Quelle place occupe l’intelligence artificielle dans les projets primés ?
Florence de Courtenay : L’intelligence artificielle traverse l’ensemble des projets comme une infrastructure discrète. Elle accélère la production, structure les parcours, alimente les interactions. Elle devient un outil de travail, plus qu’un objet de démonstration. OVHCloud incarne cette transformation en industrialisant la création pédagogique. Ailleurs, elle soutient des simulateurs immersifs, alimente des assistants pédagogiques, génère du feedback en continu, y compris dans des contextes RSE comme chez Bouygues Telecom. Elle ne remplace pas. Elle augmente, fluidifie, rend possible ce qui était trop coûteux. La question n’est plus “faut-il utiliser l’IA ?”. La question devient : comment l’intégrer sans bruit, au service de l’efficacité ?
L’immersion franchit-elle un cap ?
Florence de Courtenay : L’immersion change de statut. Le simulateur de l’INERIS en contexte ATEX l’illustre avec brio. Il ne s’agit plus d’engager, mais de préparer à des situations critiques. L’immersion devient un outil de sécurisation des compétences. Cette logique s’étend à d’autres environnements, y compris dans l’enseignement supérieur avec l’Université de Brest. Même logique chez CANAL+, où le micro coaching s’inscrit dans les interactions réelles. L’apprentissage intervient au moment où la compétence est mobilisée. Il corrige, ajuste, renforce. La formation se rapproche des conditions réelles d’exercice en réduisant l’écart entre apprentissage et action : gain d’efficacité évident !
Le terrain devient-il le critère dominant ?
Florence de Courtenay : Le signal est clair : le terrain s’impose comme point de référence. Les projets primés ne cherchent pas la sophistication. Ils visent la pertinence. Renault Group incarne cette logique avec une ingénierie frugale alignée sur les contraintes opérationnelles. Fondation Apprentis d’Auteuil maintient des dispositifs simples et efficaces. Monoprix démontre que le déploiement repose sur l’appropriation réelle. Bouygues Telecom illustre la capacité de la formation à accompagner des transformations profondes comme la transition environnementale. Les dispositifs trop lourds, trop éloignés des usages, trop descendants reculent. Par inefficacité.
Comment évolue l’enseignement supérieur ?
Florence de Courtenay : L’enseignement supérieur constitue un formidable terrain d’innovation. L’Université de Brest structure des dispositifs à l’échelle. Skema Business School et l’IAE Paris-Est accélèrent. Grenoble École de Management participe à la redéfinition des standards pédagogiques. Les approches convergent avec celles de l’entreprise. Immersion, IA, mise en situation s’installent dans les cursus. Les étudiants attendent autre chose que des contenus. Les institutions s’adaptent. Les frontières s’estompent. L’innovation circule.
Qu’est-ce qui change dans la posture des équipes formation ?
Florence de Courtenay : Le jury est clair. Trois axes structurent les dispositifs : multimodalité, frugalité, intelligence artificielle. Mais le mouvement dépasse ces leviers. La formation cesse d’être un support. Elle devient un levier direct de transformation. Elle agit. Les équipes formation sont attendues sur leur capacité à produire de l’impact, à traduire des enjeux métier en dispositifs opérationnels, à intervenir au cœur de la performance. Le niveau d’exigence monte. La reconnaissance suit, y compris dans le secteur public avec le CNFPT.
Ces Trophées 2026 marquent un tournant pour la formation…
Florence de Courtenay : En effet, ils marquent un seuil. À partir de là, certaines pratiques ne tiennent plus. Produire du contenu ne suffit plus. Déployer ne suffit plus. Engager ne suffit plus. Ces repères ont structuré le marché. Ils ne suffisent plus à faire la différence. Ce qui est attendu change de nature. Transformer. Rapidement. Concrètement. « Mesurablement ». La formation est jugée sur ses effets, sur ce qu’elle modifie réellement dans les pratiques. Les dispositifs s’inscrivent dans l’action. Ils répondent à des situations. Ils produisent un résultat. Dans des délais courts. Sous contrainte. La logique d’offre recule. La logique d’impact s’impose. Les équipes formation changent de place. Elles deviennent des acteurs directs de la performance. Exposés. Attendus. Évalués sur l’impact réel. Les Trophées actent ce basculement. Un nouveau standard s’installe. Rien ne ralentira ce mouvement.
Jury des Trophées du Digital Learning 2026 : Noria Larose, Présidente du Jury (Nell & Associés), Jean-Roch Houllier, Vice-président (Safran), Joana Alberto (Saint-Gobain), Adeline Baral (Monoprix), Patrick Benammar (Renault Group), François Debois (L’Oréal), Claire Delouis (Clarins), Florent Grisaud Verrier (Deloitte), Alice Guilhon (Skema Business School), Christophe Jeunesse (Université Paris Nanterre), Bérengère Vuaillat (Canal+).
