Pas de réforme choc. Pas d’annonce spectaculaire. Mais un faisceau de mesures qui, combinées, déplacent l’équilibre. Au 1er janvier 2026, le social cesse d’être un arrière-plan. Il redevient un cadre contraignant de l’action RH, avec moins de marges, plus d’arbitrages, et une responsabilité directe pour les DRH.
Le SMIC augmente, les équilibres internes se fragilisent
La revalorisation de 1,18 % du SMIC pourrait sembler routinière. Elle ne l’est plus. Dans un contexte de croissance molle, de marges sous tension et de coûts fixes déjà élevés, cette hausse agit comme un déclencheur. Effet de tassement des grilles. Pression sur les premiers niveaux de qualification. Attentes immédiates de réajustement interne. Le sujet n’est pas le SMIC en tant que tel, mais la mécanique qu’il enclenche. Pour les DRH, maintenir la cohérence salariale devient un exercice d’équilibriste. Toute correction locale appelle une extension globale. Toute inertie alimente un sentiment d’iniquité. Le social reprend la main dans cette zone grise où se croisent attractivité, équité et soutenabilité économique.
Transparence salariale : un changement de régime en toile de fond
2026 est aussi l’année où la transparence salariale cesse d’être un principe abstrait pour devenir une contrainte opérationnelle. La transposition attendue de la directive européenne sur la transparence des rémunérations impose aux entreprises de revoir en profondeur leurs pratiques. Publication d’informations sur les écarts de rémunération, justification des différences, droit à l’information renforcé pour les salariés et les candidats : le sujet ne relève plus du discours sur l’équité, mais d’un devoir de preuve. Pour les DRH, l’enjeu est considérable. Les politiques salariales devront être non seulement cohérentes, mais explicables, traçables, défendables. Dans un contexte de hausse du SMIC et de tensions sur les grilles, cette exigence supplémentaire agit comme un accélérateur. Elle limite les ajustements discrets, expose les incohérences historiques et oblige à traiter des sujets parfois repoussés. Le social reprend la main ici de manière frontale, en transformant la rémunération en objet de dialogue — et parfois de confrontation — bien au-delà du cercle des partenaires sociaux.
Apprentissage : de l’évidence budgétaire au choix stratégique
La suspension des aides exceptionnelles à l’embauche d’apprentis referme une parenthèse. Pendant plusieurs années, l’apprentissage s’était imposé comme une solution quasi automatique : financièrement soutenue, politiquement valorisée, administrativement simplifiée. À partir de 2026, le cadre se resserre. Des exceptions subsistent pour certaines entreprises et certains niveaux de certification, mais la logique change. L’apprentissage n’est plus un réflexe, il redevient un engagement. Pour les DRH, cela implique de revoir les volumes, de cibler les métiers réellement formateurs, d’évaluer la capacité d’encadrement et d’intégration. Le social reprend la main en rappelant qu’une politique d’alternance engage l’organisation bien au-delà de l’effet d’aubaine financière.
Seniors : la négociation devient incontournable
L’obligation, pour les entreprises de 300 salariés et plus disposant d’une section syndicale, d’ouvrir une négociation sur l’emploi et les conditions de travail des salariés expérimentés marque un tournant. Le sujet n’est plus périphérique. Il devient structurant. Diagnostic des parcours, analyse des fins de carrière, conditions de travail, mobilité, reconversion : autant de thèmes sensibles qui s’imposent désormais à l’agenda social. Pour les DRH, le défi est double. Produire des données objectivées, d’une part. Construire des compromis acceptables, d’autre part. Le social reprend la main dans ce qu’il a de plus classique — la négociation collective — mais avec une portée renouvelée, car la question des seniors renvoie directement à la soutenabilité des modèles d’emploi.
Ruptures conventionnelles : le coût augmente
Le relèvement du forfait social de 30 % à 40 % sur les ruptures conventionnelles individuelles et les mises à la retraite n’est pas un ajustement technique. Il renchérit sensiblement le coût des sorties négociées, longtemps perçues comme un outil de flexibilité relativement maîtrisé. Pour les DRH, les arbitrages de fin de parcours changent de nature. Chaque décision pèse davantage sur les équilibres économiques. Chaque sortie devient plus visible, plus coûteuse, plus engageante. Le message est clair : la fluidité du marché du travail a un prix, et ce prix augmente. Le social reprend la main en redonnant du poids aux décisions de séparation, là où prévalait parfois une logique d’optimisation.
Parentalité : un nouveau droit, des organisations à ajuster
À compter du 1er juillet 2026, la création d’un congé de naissance indemnisé, ouvert aux deux parents, viendra compléter ce paysage. Même différée, la mesure s’inscrit déjà dans les projections RH. Durée modulable, prise simultanée ou alternée, articulation avec les dispositifs existants : les impacts organisationnels sont loin d’être neutres. Pour les DRH, ce nouveau droit s’inscrit dans une dynamique plus large. Celle d’une prise en compte croissante des équilibres de vie dans la gestion des équipes. Le social reprend la main ici de manière plus progressive, mais durable, en modifiant les normes implicites autour de la parentalité et du temps de travail.
Un même fil conducteur pour les DRH
Pris ensemble, ces ajustements dessinent une trajectoire cohérente. Le 1er janvier 2026 ne bouleverse pas le droit social, il referme une période. Celle d’années marquées par des aides massives, des dispositifs dérogatoires et une relative tolérance budgétaire. Le message adressé aux DRH est sans ambiguïté : la gestion sociale redevient un exercice de pilotage fin, exposé, stratégique. Il ne s’agit plus seulement d’appliquer des textes, mais d’anticiper leurs effets croisés sur l’emploi, les parcours et les équilibres internes. Le mémo publié par l’ANDRH tient sur une page. Les décisions qu’il appelle, elles, engagent l’année entière.
Par Michel Diaz
Source : « Ce qui change au 1er janvier 2026 » (ANDRH, janvier 2026)
